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La traversée du Verdon

Et au milieu coule une rivière.

L’après-midi est déjà bien entamée lorsqu’en file indienne, nous nous lançons à l’assaut de la départementale D907 au départ de la drôle de ville de Manosque. Les lueurs orange hivernales de fin de journée colorent la végétation en bord de route. Nous montons pas à pas vers le plateau de Valensole perché à 600m d’altitude où nous passerons notre première nuit.

En vélo, les voitures nous dépassent souvent à toute allure. Et si nous allions au même endroit ? L’automobiliste au chaud dans sa voiture, a les yeux rivés sur la route. Ce sera sûrement lui qui arrivera le premier. Moi au froid sur mon vélo, j’ai les yeux qui déambulent sur les détails du paysage. J’arriverai bon dernier.

Je sors de mes pensées et je constate que le peloton s’est étiré. Lorsque les montées sont longues, chacun prend son rythme et rentre dans sa bulle pour n’en sortir qu’une fois arrivé au sommet. Selon notre humeur, on peut s’aider de musique et aborder la grimpette au rythme endiablé d’une Agitations tropicales de L’Impératrice ou bien papillonner sur un Glory-box de Portishead.

Nous voilà enfin sur les hauteurs du plateau de Valensole, la porte d’entrée du parc naturel du Verdon. Les derniers rayons de soleil nous dorent le dos à l’ouest et font rougir les sommets enneigés à l’Est dans le prolongement de la route. Les champs de lavande s’étendent à perte de vue sur les collines aux alentours. Ce soir nous dormirons dans la lavande.

Le matin, lorsque nous remontons sur le vélo et que nous reprenons la route, c’est un peu comme si le temps du bivouac, nous avions mis le film sur pause et que nous le reprenions dès les premiers coups de pédale. Le paquetage de notre chez nous ambulant bien ficelé sur le vélo, nous jetons un dernier regard sur les montagnes enneigées au loin et nous continuons en direction du Verdon.

La départementale nous conduit dans le village d’Allemagne en Provence, de Riez et enfin Moustiers-Sainte-Marie. La belle Moustiers est adossée à flanc de falaises et regarde au Sud, même en hiver il y fait chaud. Là, nous avalons un couscous sur la place du village. Un vieux monsieur venu prendre le soleil à nos côtés sur le banc, nous parle d’un ancien chemin muletier qui permet de rejoindre la Palud-sur-Verdon.

L’été laisse place sans crier gare à l’hiver et c’est les pieds dans la neige que nous nous réveillons le lendemain sur les hauteurs du lac de Sainte-Croix. A la Palud-sur-Verdon, seule la boulangerie est ouverte. Dans le froid et la grisaille matinale, le village hiberne en attendant les beaux jours lorsque les sportifs reviendront assaillir les gorges.

Aujourd’hui, en plein cœur de l’hiver, le parc naturel du Verdon est à nous. Emmitouflés dans nos doudounes, le cœur réchauffé par les paluardes* de la boulangère, on se lance sur la route des crêtes qui surplombe sur 23km le canyon creusé par la rivière. Le spectacle est grandiose, le flanc des montagnes se jettent dans les gorges et se transforment en parois verticales de calcaire gris orangé. Et au milieu coule une rivière de cet Opéra vertical*.

Notre traversée en 3 jours du Verdon se termine au point sublime. On garde une dernière fois l’œil sur le Verdon en haut de notre suite nuptiale à la belle étoile.

* Paluardes : Spécialité de la Palud à base de pâte d’amande et confiture de cassis

* Opéra vertical : film documentaire de 1982 mettant en scène le célèbre grimpeur Patrick Edlinger dans les gorges du Verdon.

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Benoit | 11/03/2018