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Dans les hauteurs du Pamir

Quand l'immensité des espaces fait résonner beauté et hostilité.

Il est un monde perché où s'étendent, en haute altitude, des vallées isolées presque infinies. Là-haut, l'air est fin et la végétation rare. Là-haut, les neiges éternelles recouvrent les sommets qui dessinent les contours de l'horizon. Les rivières s'échappent des glaciers et sillonnent les creux des montagnes sculptant leur visage. Là-haut, la nature est maîtresse, imposante de force et de pureté. Elle impressionne l'homme et lui fait comprendre qu'il lui est difficile de trouver une place. Elle le force à l'humilité. Voici le décor qui a été notre terrain de jeu pendant ces quelques jours à parcourir la réserve naturelle du Lac Zorkul séparant le Tadjikistan de l'Afghanistan.

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Les journées sont intenses et la progression est lente. La piste que nous suivons est cabossée et alterne entre sable, galets et terre battue. Parfois, nous devons passer à gué les cours d'eau qui nous barrent la route. Dans ces étendues immenses et arides, les distances sont difficiles à apprécier. Le regard porte loin et la piste file devant nous sur plusieurs kilomètres. L’horizon est trompeur, il paraît à portée de main et insaisissable à la fois.

Les conditions sont difficiles et nous font sentir que nous sommes exposés et vulnérables. Rapidement, les premiers effets de l'altitude se font ressentir. Inconsciemment, le souffle s'accélère au repos. Les maux de tête et la déshydratation nous guettent. Le soleil, le froid et le vent burinent notre peau. La journée, le vent balaie les vallées et son souffle crée un bruit de fond permanent. Ses bourrasques nous chahutent, nous ralentissent. Mais au coucher du soleil, il s'estompe et vient à se taire. A ce moment là, le silence reprend sa place et nous apaise. C'est la fin de l'été et on sent l'hiver arriver à grands pas. Ici, la transition entre les saisons semble brutale. Heureusement, le soleil rayonne et nous réchauffe. Mais à mesure qu'il descend sur l'horizon, le froid devient de plus en plus vif. Le crépuscule approche, alors nous nous activons à installer notre campement éphémère et préparer le dîner. La nuit, les températures deviennent largement négatives et l'envie de rejoindre la chaleur de nos duvets est pressante.

Depuis le début de notre voyage, nous n'avons jamais autant été éloignés de la civilisation. L'isolement mélange nos ressentis. Nous sommes partagés entre l'excitation de sortir des sentiers battus pour fouler des terres presque vierges et la crainte de nous retrouver acculés par des éléments naturels imprévisibles, loin d'une aide éventuelle. Mais se retrouver face à nous-même dans ce climat incertain est vivifiant. On s'élève et on prend conscience de la chance d'être ici. On se dit alors qu'on y reviendra un jour, peut-être.

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"On croit qu'on va faire un voyage, mais bientôt c'est le voyage qui vous fait où vous défait."

N. BOUVIER

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Pierre | 11/09/2018