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La Grèce en roue libre

3 villages, un berger et une goutte de Tsípouro

En quittant l’Albanie, numéro 1 sans conteste sur le tableau de l’hospitalité, on entre en Grèce par les petites routes de montagne. Les paysages se transforment déjà à mesure que l’on dévale la route en direction de Kastoria, notre première escale grecque. Les plaines cultivées à l’huile de coude d’Albanie sont déjà loin et de ce côté de la frontière, c’est la forêt et la montagne qui nous accueillent. On se laisse porter par la descente, bien content de ne pas avoir à pédaler après notre dernier repas copieux concocté aux petits oignons par un Albanais : 3 euros entrée, plat, dessert ! On se remémore la magie et le dépaysement du pays aux mille et une Mercedes et l’on bouillonne d’excitation de découvrir la Grèce. Car c’est un peu un rêve d’enfant que d’aller visiter ce pays où à une époque lointaine les dieux vivaient en haut des montagnes à la limite entre ciel et terre. On espère juste que les millions de visiteurs avides de rencontrer la mère fondatrice de la démocratie n’ont pas généré au fil des années, un ras le bol du touriste.

Une page se tourne donc, celle de l’Albanie. Cap à l’Est, direction le village de Litochoro perché sur les flancs du mont Olympe. On compte là-bas poser quelques jours de congés, troquer notre vélo contre des chaussures de marche et aller voir ce qu’il se trame en haut. Sur le papier, rien de bien compliqué et pourtant ce ne sera pas une mince affaire. Car sur notre route se dressent 3 villages dans lesquels il nous est arrivé quelques bricoles qui vont ralentir notre progression.

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MIKROKASTRO, Μικρόκαστρο

" 200 habitants, un troquet et un berger "

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Il est 11h30 lorsqu’on décide de s’arrêter dans le village de Mikrokastro. On se faufile dans les petites rues qui nous conduisent sur la place centrale. Le plan : une pause sandwich express car il pleut et que manger sous la pluie ce n’est pas marrant. Dès la première bouchée, quelques curieux sortent du troquet d’en face. Ils mettent leur café en standby et viennent discuter. Comme le monde attire le monde, 5 minutes plus tard, la moitié du village nous a repérés. Dans le lot, Alen parle espagnol, il devient traducteur officiel et se charge de la traduction Greco-Espagnole. On leur explique notre intention de rejoindre le Vietnam à vélo et que l’on est parti il y a 2 mois de France. Éberlués, ils nous prennent pour des fous : « mais pourquoi ? », « et votre travail ? », « vos familles ? ». La plupart d’entre eux sont nés dans le village et y vivent depuis des années. Les plus vadrouilleurs ont visité Athènes, les autres ne s’aventurent jamais très loin. Le décalage de mode de vie est flagrant et la situation cocasse. Ils décident alors de nous donner un coup de pouce. Un peu comme une grand-mère dirait avec bienveillance à son petit-fils : « mange pour être fort », ils commencent chacun leur tour à vider leur frigo et nous combler de nourriture. Un premier nous donne 1,5kg de côtelettes d’agneau fraîchement découpées par ses soins car il connaît le berger du coin. Une vieille dame va acheter une grosse miche de pain à la boulangerie et nous la tend. Un autre monsieur nous laisse une boîte de glace remplie de noix de son jardin et un pot d’olives noires maison ! Pour couronner le tout, l’entraîneur de foot du village nous ouvre les vestiaires du stade pour que l’on prenne une douche. On remballe nos sandwichs à peine entamés et on file profiter d’une bonne douche chaude. Frais comme des gardons, on termine notre pique-nique. Avant de reprendre la route, on décide de passer au bar saluer nos collègues retournés depuis siroter leurs cafés. C’est là que l’on tombe sur le berger du village qui nous invite à sa table. Très vite il veut nous faire goûter sa Feta. On a beau lui expliquer que l’on a déjà le ventre plein et que nos vélos croulent sous 3 jours de nourriture, il ne veut rien entendre. On remet donc le couvert pour un deuxième repas ! Au menu cette fois-ci : omelette à la saucisse, Feta du berger arrosée d’huile d’olive (voire même noyée) et surtout 1 puis 2 puis 3 verres de Tsipouro*... Vers 16h on arrive à trouver un créneau pour s’extirper du troquet. On remonte sur nos vélos, les joues chauffées par cet accueil incroyablement chaleureux.

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KOZANI, Κοζάνη

" Petite virée au poste et une poignée de fraises "

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Malgré notre double repas du midi, on roule plutôt bien le reste de la journée. On arrive en début de soirée dans la ville de Kozani, fatigués. On repère une petite colline sur les hauteurs de la ville où l’on décide d’aller poser la tente illico presto. La tête dans le guidon, on passe devant un panneau “zone militaire, interdiction de prendre des photos”, que l’on ne remarque pas. Dans le dernier virage de la petite route qui monte vers le sommet, 3 voitures noires nous doublent à vive allure et se mettent en travers de la route. 5 hommes en civil (plutôt charpentés) en sortent. Ils nous ordonnent de sortir nos téléphones et nos appareils photos. Les caméras de surveillances nous auraient repérés en train de prendre des photos… On leur explique que l’on voyage à vélo et que fatigués, on comptait simplement poser la tente dans la forêt plus loin et que bien évidemment on n’avait pas noté qu’il s’agissait d’une zone militaire. Notre téléphone si on l’a sorti, c’était pour vérifier notre chemin sur Google Maps ! Pas de bol, ils sont méfiants et ne nous croient pas. Ils nous embarquent au poste pour vérifier plus en détails les faits. On tente la négociation de dernier recours car fatigués, on n’a qu’une envie c’est d’aller dormir. Rien n’y fait, on doit les suivre. Dépités et si proche du dodo, on remonte sur nos vélos et on redescend la colline escortés. On passe à tour de rôle dans le bureau de l’agent qui vérifie notre identité et nous questionne sur les raisons de notre présence. La procédure dure 2 longues heures. Finalement, ils comprennent qu’ils ont fait fausse route et qu’on voyage bien à vélo. Notre site web avec les photos du voyage nous auront sauvé la mise ! Vers 22h, on est “libre”. On se paye le luxe de se faire escorter jusqu’à l’hôtel qu’ils ont pris soin de réserver pour nous. Une fois dans notre chambre, on souffle enfin après cette journée interminable. Le lendemain comme pour balayer la mauvaise expérience de la veille, une dame nous apporte des fraises alors que nous faisons la cuisine sur la place devant l'hôtel.

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DOLICHI, Δολίχη

" 100 habitants, une coiffeuse et un méchoui "

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Le Mont Olympe se profile à l'horizon. Ce matin, pour la première fois, on l'aperçoit au loin s’élever depuis le sommet du col où nous nous trouvons. A vol d’oiseaux, 50km nous séparent. Il nous nargue, impassible, la tête dans les nuages. On jette un coup d’œil à la route principale qui zigzague dans la plaine en contrebas. Impatients, on décide de couper à travers champs pour grappiller quelques kilomètres et viser en ligne droite le prochain village de Dolichi. On sait pertinemment que l’option la plus courte n’est pas toujours la plus rapide, mais tant pis pour cette fois, on fonce. En naviguant à vue à travers champs sur des petits sentiers, on regarde l’heure: 11h30 sonne. Nos estomacs commencent à crier famine, il est dimanche et on roule à vide. Si on veut garder l’espoir de trouver une épicerie ouverte à Dolichi, il va falloir accélérer. On y arrive in extremis. Pas le temps de chercher l’épicerie que Rodica nous aguiche depuis sa voiture. On lui demande si l’épicerie est encore ouverte et nous répond de monter avec elle. Jean-Charles décide de garder les vélos, Pierre et moi sautons dans l’auto. Dans la voiture c’est dans un mix d’Anglais et de Français que nous faisons connaissance. Arrivés à bon port, elle nous installe confortablement dans son salon et commence à nous concocter un baluchon de provisions : Feta, Tzatzíki, olives noires, gâteaux...etc. Elle fixe ensuite notre tignasse et nous fait comprendre qu’on ne peut pas continuer comme ça. On réalise alors que l’on est assis en face de la coiffeuse officielle du village. On se regarde avec Pierre, c’est vrai qu’on est plutôt mal peigné. L’occasion est trop belle, on accepte sa proposition certains de bien rigoler. Rodica nous fait passer en terrasse et sort son matériel pour une séance de débroussaillage au soleil. Débroussaillage, le mot est faible car lorsque Pierre voit le résultat sur mon crâne, il prend peur et réclame les ciseaux plutôt que la tondeuse !

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Nouveau look en poche, Rodica nous ramène en pickup rejoindre Jean-Charles resté sur la place du village. On le retrouve assis sur une chaise à l’ombre en train de siroter un verre. Il n’a pas perdu son temps car aussitôt arrivé, il nous déclare que l’on est invité à manger un mouton à la broche dans la maison d’en face. On embrasse Rodica qui part travailler et on file chez les voisins où toute la famille nous attend. Deux tables sont dressées autour desquelles 3 générations discutent. Un peu gênés, on s’empresse de saluer les enfants, les parents, les beaux-parents, les tontons, les tentes, les grands-parents et de les remercier pour leur invitation. Ils ajoutent naturellement 3 chaises autour des tables et nous voilà des leurs. Les moutons sont désembrochés et les petits plats maisons sortent les uns après les autres de la cuisine : Salade de tomates, tzatziki, viande, spanakopita, aubergines farcies... L’essence de la gastronomie grecque, qui plus est faite maison, se retrouve devant nous en quelques instants. Les hostilités sont lancées, place à la dégustation. En fin de repas, on partage un brin de culture française que l’on a pu glisser dans nos sacoches et ramener de France : on leur fait goûter le Genépi et la Chartreuse ! On termine l’après-midi autour d’un café frappé sur la place du village discutant de nos vies respectives qui se sont joliment côtoyées le temps de ce repas.

On reprend la route, profondément marqués par la générosité naturelle de cette poignée de Grecs que nous avons eu la chance de rencontrer sur notre chemin. Dans ces petits villages que la crise a touchés de plein fouet, la vie n’est pas simple et pourtant une chose est sûre, aucunes économies ne sont faites sur le budget hospitalité. Une belle leçon de savoir vivre.

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Benoit | 03/06/2018