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A la conquête de l'Olympe

"Allons voir là-haut si les dieux y sont ! "

Après quelques 3000 km à vélo depuis notre départ de France en direction de l'Orient, nous profitons de notre passage en Grèce pour retrouver le plaisir d’une excursion en montagne. Le temps d'une parenthèse, nous troquons le vélo pour les chaussures de marche. Voici un récit de notre escapade sur les pentes sauvages et enneigées du Mont Olympe, géant de la mythologie et du paysage grec.

Jour 1

Il est 16h quand nous quittons à vélo le petit village de Litochoro, au bord de la mer Egée. Au loin, nous apercevons le mont Olympe qui s'élève, triomphant. Rares sont les opportunités de pouvoir profiter de la mer et de la montagne dans une même journée : voilà un défi excitant. Même si l’après-midi est bien entamé, les hostilités ne font que commencer. Au programme, une mise en jambe de 800m de dénivelé positif avec le sac de randonnée harnaché sur le porte-bagage arrière.

Les premiers kilomètres sont cocasses mais laissent vite place aux sourires crispés à mesure que la pente s'élève…1h30 et quelques coups de pédales plus tard, nous voilà arrivés au parking du départ de la randonnée. Nous laissons les vélos à l’abri des regards dans le centre équestre à proximité, prévenu pour l’occasion. Pas le temps de badiner, il nous faut arriver au premier refuge vers 1900m avant la tombée de la nuit. Nous voilà donc engagés dans une montée sinueuse à travers les sentiers forestiers. Cela fait plus de deux mois que nous ne faisons plus que pédaler, alors nous appréhendons les premières enjambées. On se demande si la mécanique va tenir puisque l'exercice de la marche est bien différent de celui du pédalage. Rapidement rassurés par les premiers kilomètres, nous décidons d'accélérer le pas. Il est presque 20h lorsque nous atteignons le refuge. Nous avons à peine le temps d'apprécier les dernières lueurs du coucher de soleil que la nuit fait son apparition.

Seule la partie hivernale du refuge est ouverte. L’endroit est sommaire. Une dizaine de lits au matelas de mousse accompagnent un poêle à bois qui crachote des nuages de fumée épaisse. C’est avec soulagement que nous prenons quartier. Comme annoncé par Monika (la gérante du magasin où nous avons loué notre matériel de montagne), il n’y a aucune source d'eau autour des différents refuges du massif. Les trois litres d’eau que nous avons emportés pour nous hydrater dans la montée sont déjà bien entamés. Eclairés par nos frontales, nous partons à la recherche d'une éventuelle présence d’eau. Nous tombons sur une petite flaque au pied d’un névé à partir de laquelle nous filtrons quelques litres. Rassurés, nous allons pouvoir cuisiner le couscous prévu au menu de ce soir (ce délicieux met qui nous accompagnera d’ailleurs pendant l’ensemble des repas de l’excursion). Et oui, prendre le parti de la randonnée “light”, cela signifie renoncer à la charcuterie, au fromage et à la traditionnelle bouteille de rouge, hélas.

Effectivement le dîner est sommaire, tout autant que notre abri de fortune. Loin d'être rassasiés, nous filons aussitôt dans nos duvets respectifs. La journée de demain promet d'être longue et intense, alors on s'accorde pour partir aux aurores.

Jour 2

Le réveil est efficace, l’excitation de la journée y est pour beaucoup. Nous profitons du petit-déjeuner pour faire un point carte et rappeler les différents passages difficiles : une arête enneigée suivie d’un petit ressaut rocheux de quelques mètres de haut, avant d'arriver sur le plateau où se situe le second refuge. Nous partons sur les chapeaux de roues car nous savons qu’il ne faut pas perdre de temps. Plus nous tardons, plus la neige se réchauffe et plus la progression devient lente.

Quelques centaines de mètre au-dessus du refuge, la neige s'épaissit et la pente s'accentue alors nous décidons de cramponner. Il serait dommage de glisser. Nous mettons beaucoup de temps à trouver l’itinéraire qui rejoint le dôme précédant l'arrête. Une courte pause ravitaillement et nous entamons le passage de l'arrête, concentrés et vigilants aux corniches de neige. Nous faisons également attention à garder nos distances de sécurité. À tout moment, nous gardons en tête l’option de faire marche arrière. Finalement l’arrête est plus large que nous l'imaginions et la progression est efficace. Par chance, le ciel couvert de la matinée n’a pas trop dégradé la qualité de la neige. Nous voilà alors devant le ressaut rocheux qui est légèrement tapissé de glace pour l’occasion. Heureusement un câble est installé pour faciliter le franchissement, comme Monika nous l’avait indiqué. Benoît mène la marche et je la ferme. Jean-Charles assure la transition. Les amateurs de grands coups de crampons et de piolets sont ravis, la glace accroche bien. Un par un nous négocions le passage avec précaution et sans grande difficulté.

Nous voilà sur le plateau des Muses à quelques 2600 m d’altitude. La mythologie grecque nous apprend qu'elles venaient s'y retrouver pour célébrer et danser en l’honneur des dieux. Bon, à part un soleil timide et quelques rafales de vent, ce n'était pas la bamboula… Mais quelle chance d’avoir la montagne pour nous seuls. Le lieu n’en est que plus beau. La marche sur le plateau pour rejoindre le second refuge nous paraît interminable. Nos pas s'alourdissent et la fatigue s’accentue au fur et à mesure que nous voyons notre abri de fortune se rapprocher.

Il nous aura fallu 4 heures d’effort et de concentration pour arriver à bon port. On s'autorise toutefois une accolade collective pour se féliciter puis on se dépêche d’installer le camp. Les estomacs crient famine. Alors pendant que l'un prépare le couscous, les autres partent chercher de la neige pour la faire fondre. L'après-midi est déjà bien entamé mais il est temps de s'offrir une petite sieste afin de restaurer les organismes fatigués. Puis, progressivement nos esprits s'éclaircissent et on s'aperçoit que la météo en fait de même. Alors que le soleil s’incline tranquillement vers l’ouest, les nuages se dissipent peu à peu pour laisser place à une magnifique vue sur les sommets voisins. On se lèche les babines, les voyants tournent au vert. Nous sommes tout proches de relever notre défi : admirer le lever de soleil sur la mer Egée, depuis le haut du Mont Olympe. Vivement demain.

Jour 3

5h30. Le réveil sonne, bien plus matinal que d’habitude. Le corps est encore engourdi par la fatigue de la veille et les yeux peinent à s'ouvrir. Mais le ciel étoilé à travers la fenêtre suffit pour nous motiver : aucun voile de nuage ne viendra nous priver de la beauté du lever de soleil.

Petit-déjeuner avalé et paquetages faits, nous nous mettons rapidement en selle pour atteindre le sommet au plus vite. Quelques dizaines de minutes plus tard et encore haletants, nous voilà respectivement assis sur notre rocher de fortune. Tournés vers l’est, le regard fixé sur l’horizon, nous attendons patiemment le lever de rideau. Le silence est de plomb et renforce la solennité de l’instant. Le voilà. Alors qu’il se soulève gracieusement au-dessus de la mer, ses premières lueurs éblouissent nos visages et font scintiller l’écume des vagues en contrebas. Depuis notre cime enneigée, nous savourons le spectacle avec gratitude et émerveillement. Il y a quelques jours, il nous était encore difficile d’imaginer cette scène alors que nous étions à bicyclette sur les sentiers poussiéreux de la plaine étouffante.

Mais il ne faut pas tarder, le soleil commence à chauffer la neige qui se ramollit lentement. Il faut éviter de prendre des risques inutiles et rejoindre au plus vite les sentiers forestiers, davantage en sécurité. L’aventure se termine vers 14h quand nous retrouvons à vélo le petit village du départ. Nous filons directement chez Monika pour lui rendre le matériel de montagne et la remercier pour ses conseils avisés. Les estomacs gargouillent une nouvelle fois, alors on se rue vers le supermarché pour se ravitailler. Pour combler la sensation du “trop peu” alimentaire des précédents repas, nous troquons notre tant apprécié couscous pour un énorme sandwich à la feta, aux tomates séchées et à l’huile d’olive, avant de rapidement s'évanouir sur les bancs de la place du village. C’est alors qu’on se remémore nos anciennes sorties montagnardes en France et qu’on constate que ce soir nous aurons l'arrosage municipal en guise d’une douche chaude et notre fidèle sac de couchage à la place de notre lit douillet.

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Pierre | 26/04/2018